Le kibboutz urbain

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Vidéo. Le kibboutz urbain de Saint Jean d’Acre

 

 

« Dans les années 1990, un nouveau mouvement naît en Israël : celui des kibboutzim urbains. Ce nouveau type de kibboutz apparait en ville et s’implante dans des quartiers dits « défavorisés », en vue notamment d’élever la population environnante dans un esprit de culture, de solidarité et de tolérance.
Le kibboutz urbain, militant, ne se veut pas un phalanstère ni un village clos, mais un outil de transformation des mentalités des populations urbaines tout en construisant un modèle de structure où règnent les valeurs d’une société associative et non-salariale.
L’idée est à priori simple: quelques personnes motivées mettent en commun leurs capacités et leurs revenus dont elles répartissent l’usufruit selon les besoins de chacun, comme dans le kibboutz classique mais à la différence, ici, elles vont s’implanter dans un quartier socialement sensible où elles créent une association d’entraide et d’assistance au service de la population qui, à priori, est très éloignée du mode de vie kibboutzique. Les membres du groupe fondateur vivent selon la règle du partage économique et ceux qui les suivent dans l’importante association qu’ils créent, s’investissent dans le but de développer l’entraide et les mises en commun, d’élever le niveau scolaire et professionnel, culturel et associatif de la population. Peu à peu, les valeurs de l’être ensemble apparaissent bien plus attractives et bien plus riches que les valeurs de l’avoir individuel et la bataille solitaire du chacun pour soi. Chez les membres actifs et les fondateurs des différents kibboutzim en ville, on retrouve une même volonté: transformer la réalité sociale dans le long terme, ne plus se contenter de discours idéologiques et ne plus vivre dans un phalanstère ou dans un village clos sans effets sur la réalité extérieure.
Les premiers kibboutzim urbains ont déjà près de 30 ans et ils inspirent aujourd’hui une foule de groupements associatifs qui suivent un chemin parallèle dont certains créent à leur tour de nouveaux kibboutzim urbains. Les 4 premiers kibboutzim sont implantés à Jérusalem, Sderot, à Cet Shemesh, à Gilo, dans des quartiers pauvres. Leurs membres espèrent avoir trouvé la clé de la transformation radicale de la société dans cette mixité sociale ouverte. Ils n’acceptent pas que le rêve de la « kibboutzification » de la société disparaisse pour ne laisser place qu’à des revendications, des oppositions, des batailles électorales. Si l’on veut que les choses changent de l’intérieur, il faut vivre les mêmes conditions, nous laissent-ils entendre. Lorsqu’ils s’installèrent en ville dans un lieu qui concentrait les problèmes sociaux et culturels et les disparités d’origine pour les affronter et les réduire, ils louèrent d’abord des appartements à l’office public des logements, puis dans un second temps, ils firent construire de beaux bâtiments clairs et spacieux. Des villas, des bureaux, un centre communautaire pour l’association qui concrétise leur action de solidarité et d’élévation culturelle de la population.
Le centre offre une structure d’accueil pour les volontaires et les jeunes couples qui se joignent au projet dans lequel l’individu a désormais toute sa place. « Si quelqu’un veut étudier même pour une activité qui ne concerne pas le groupe, nous l’aidons », dit-on dans chacun des kibboutzim urbains. Les membres de la communauté sont libres d’adhérer à part entière et de mettre alors leurs revenus en communs en les répartissant au prorata des membres de la famille. S’ils n’adhèrent pas à la règle kibboutzique, ils peuvent néanmoins s’associer à la communauté et au projet. Cette liberté empêche l’émergence de sentiments de frustration. Jusqu’à là, les revenus des kibboutzim urbains étaient acquis à l’extérieur.On s’oriente désormais vers des productions assurées de façon autonome. Un des kibboutzim urbains a ainsi créé une entreprise performante de high-tech dont la moitié des acteurs se déclarent membres à part entière. S’il était de bon ton de proclamer que le kibboutz classique était en voie d’extinction en faisant silence sur ses résistances pour se prosterner devant le consumérisme, il est temps de découvrir que le kibboutz en ville est peut-être son avenir et qu’il porte en lui les valeurs d’une société sans salaire.
Les kibboutzim urbains représentants une voie innovante. Ils répondent à la crise des kibboutzim des campagnes assaillis par l’introduction du salariat, à a mondialisation qui se joue là comme ailleurs, à la déperdition culturelle qui rime souvent avec pauvreté. Leur défi passe sans doute par la reprise du secteur productif autrefois assuré par les kibboutzim classiques. »
Extrait de: « En finir avec le salariat. Vers une société du partage? » Claude Berger. Les éditions de Paris. Max Chaleil. Paris. 2014.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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